dimanche 11 mai 2008

Lettre à mon fils

Mon enfant... mon tout-petit... Je t'ai tant désiré. Mon premier-né. Le fruit d'un amour à la fois tendre et violent, blessé par la lame tranchante de nos vécus respectifs...

Je ne voulais pas y aller ce jour-là, j'ai beaucoup tourné avant de me décider à partir... Mais finalement nous nous sommes rendus à la maternité, et tu étais effectivement sur le point de montrer le bout de ton nez!

Cette nuit-là fut une vraie aventure, dangereuse, polluée par la médicalisation à outrance qui a bien failli nous perdre tous les deux... Mais tu es né, tu as jailli de mon corps, petit bout de moi, petit bout de lui, tu étais rond et chaud, joli petit nourrisson à cajoler...

Nous avons eu des débuts difficiles, c'est vrai... Mais plus les semaines passaient, et plus nous prenions confiance en notre capacité à faire les bons choix, un peu envers et contre tous -souvent- mais toujours dans l'amour et le respect le plus total de ton être. Certes tu as essuyé les plâtres de nos erreurs et hésitations de tous jeunes parents, qui ont l'impression de redécouvrir ce qu'est un bébé malgré les modèles que nous avions eu autour de nous... Non, définitivement, il n'y a pas de recette miracle pour élever un enfant. Nos principes ont sauté un par un, et nous avons décidé de prendre ce risque d'aller parfois à l'encontre de ce que la société omnisciente préconise...

Puis tu as grandi, tu as affirmé ton caractère, quitté le sein maternel... Tu nous as fait trépigner d'impatience, dans l'attente de tes premiers pas... Tu étais (et tu es toujours) un petit bonhomme épanoui, tendre, heureux... Avec un caractère bien affirmé et en même temps tellement facile à vivre...

Et puis nous avons commencé à nous impatienter d'entendre tes premiers mots... les mois passaient et tu ne disais toujours rien. Tu grandissais par ailleurs tout à fait normalement, nous laissant dans l'illusion qu'il n'y avait aucun souci et qu'il fallait juste se montrer patient...

Les mois passant, le doute s'amplifiait, puis notre entourage a commencé à nous alerter un peu plus, sans trop oser... C'était impossible à croire, cela nous semblait invraisemblable au vu de ton comportement au quotidien...

Même en n'y croyant pas, nous avons décidé de te faire faire des tests auditifs. Je me demande parfois si au fond nous ne savions pas déjà à ce moment... Ce qui est terrible c'est l'impression de se résigner, et en même temps cela fait partie du package qui fait que nous prenons soin de toi, chaque jour que Dieu fait, et du mieux que nous pouvons...

Il y a effectivement un problème... L'ORL te fait des tests, ne se montre pas très rassurante et programme d'autres examens...

Le verdict est tombé ce 11 janvier 2007. Tu es sourd profond. Le choc. Nous avions déjà assimilé que tu étais sourd, mais sourd profond, non, qui peut être prêt à se rendre compte que son enfant n'a jamais entendu le son de sa voix, n'a jamais entendu les berceuses et les paroles rassurantes de sa maman et de son papa?

Mais... Mais tu es en pleine santé, un petit garçon HEUREUX, ce qui veut dire que nous remplissons à merveille notre rôle de parents, et même si la vie a décidé de mettre cette difficulté sur notre chemin, nous allons nous battre à tes côtés pour te rendre la vie encore plus belle.

Robin, ma chair et mon sang... Même si je balaye souvent les soupçons de culpabilité qui m'envahissent parce qu'il me faut faire face et que je t'aime de tout mon cœur, que je ferai tout pour toi, je te demande pardon de mes imperfections, qui nous ont surement fait perdre un peu de temps, qui ternissent parfois un peu notre relation. Et je ne te remercierai jamais assez de m'avoir fait découvrir l'Amour, qui renverse tout, celui qu'on ne choisit pas et que pourtant on n'a fait que rechercher jusque là, cet Amour qui m'a envahi à la seconde où j'ai senti clairement une présence au creux de mon corps, et qui n'a fait que grandir avec le temps, explosant au moment où l'on a posé ton petit corps tout chaud sur moi, et qui grandit encore...

Maman

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ouaou...
Captivant, émouvant... J'aime ta façon d'écrire. Je crois qu'il y a ça en toi...

Son "handicap" ne met rien en travers de bonheur, sahce le et nous tous on l'aime tel quel, sourd ou pas, c'est notre Robin, celui qui nous fait rire, celui qui nous émeut.
Merci à toi et chris pour ce beau cadeau qu'est celui d'être tata

Anonyme a dit…

merci pour ce texte superbe.
je suis très émue.